Le 18 juin nous étions présent.es en F3SCT ministérielle pour la restitution du rapport d’expertise « risque grave » sur les risques psychosociaux au sein du Ministère du travail. 6 mois après la restitution du rapport à la DRH, un an après la restitution du premier livrable qui portait déjà moult signaux d’alerte et plus de 3 ans et demi après le vote de l’expertise, nous aurions été en droit d’attendre une prise de conscience du Ministre sur la situation des agent.es et des premières pistes de prévention adaptées.
Le sujet est d’autant plus d’importance qu’il est attendu dans les services. Une centaine d’agent.es avaient fait les déplacement (sous 37° !) devant la DRH ; 150 agent.es étaient rassemblé.es au même moment à Grenoble, devant la DDETS 38, illustration presque parfaite de la plupart des problèmes pointés par le rapport ; d’autres rassemblements symboliques ont été organisés à Toulouse, à Bordeaux, à Rennes ou encore à Strasbourg.
Devant les locaux de la DRH, alors que les collègues rassemblé.es sur le trottoir étaient bousculé.es par les forces de l’ordre présentes, les discussions avec les représentant.es de l’administration n’ont pas permis de faire rentrer les manifestants sur le parvis, devant le bâtiment, plutôt que sur le trottoir. Selon les comptes de l’administration, 84 bouteilles d’eau ont été gracieusement données aux manifestant.es massé.es devant les grilles alors que la température montait rapidement, en ce jour de canicule.
Pendant ce temps, il fallait beaucoup de flegme aux représentant.es des agent.es pour ne pas perdre leur calme, face à une administration qui ne veut manifestement rien entendre. La réunion était présidée par L. Gravelaine, nouvel adjoint de la DRH, soit le 4ème niveau de délégation du Ministre. L’indication sur l’importance conférée à la réunion a été rapidement donnée. La DGT et la DGEFP étaient présentes pour nous expliquer que les problèmes étaient « stabilisés » ou traités par différentes instructions. Ainsi, par exemple, selon Mme Lavaure, DGT adjointe, si un.e agent de contrôle est en situation de débordement dans le cadre d’un intérim, c’est tout simplement parce qu’il.elle applique mal les consignes qui sont pourtant « très claires ». Circulez, il n’y a manifestement rien à voir !
Au final, ce n’est pas seulement un gouffre qui existe entre le rapport « Aptéis » et la « méthode de plan d’actions » envoyée, huit jours avant la réunion, par l’administration, c’est tout un univers : le rapport parle de causes organisationnelles structurelles (effectifs, charge, missions, OTE, management empêché), pendant que la réponse de l’administration tend, au mieux, vers une gestion procédurale du risque, avec cotation, DUERP et territorialisation, au pire vers un foutage de gueule, en bonne et due forme !
APTÉIS DIT : DANGER GRAVE.
L’ADMINISTRATION RÉPOND : TABLEUR EXCEL
Pendant des mois, les collègues ont parlé. 85 entretiens, des témoignages de terrain, un constat implacable : le travail au ministère du Travail et de l’Emploi est devenu pathogène. Sous-effectifs, surcharge, perte de sens, épuisement, injonctions contradictoires, prévention empêchée. Le rapport ne laisse place à aucune ambiguïté : les risques psychosociaux sont produits par l’organisation du travail elle-même.
Et que propose aujourd’hui l’administration ?
Une “méthode” pour construire un plan d’actions.
Autrement dit : on ne traite pas l’incendie, on fabrique un formulaire pour le décrire.
LE RAPPORT DIT : SOUS-EFFECTIFS ET SURCHARGE GÉNÉRALISÉS
L’ADMINISTRATION RÉPOND : RISQUE A SURVEILLER
Oui, vous avez bien lu. L’administration a osé !
La surcharge et l’intensification du travail sont déclassées par la DRH comme un simple “risque à surveiller”, avec une gravité “moyenne” et une probabilité seulement “possible”.
Quand les agents disent “on craque”, l’administration répond “à surveiller”.
Le rapport est pourtant précis et particulièrement détaillée ; il décrit une réalité connue de toutes et tous :
- baisse continue des effectifs ;
- maintien ou augmentation des missions ;
- charge de travail devenue ingérable ;
- reports de charge permanents ;
- glissements de tâches ;
- heures écrêtées et débordements normalisés.
L’intensification du travail concerne 100 % des DDETS(PP) de l’échantillon.
Quelle provocation ! Quel mépris face à la souffrance des agent.es !
LE RAPPORT DIT : UNE ORGANISATION QUI ÉPUISE LES AGENT.ES
L’ADMINISTRATION RÉPOND : « QVT »
Le rapport pointe une usure professionnelle profonde, alimentée par l’intensification durable, le vieillissement des effectifs et l’absence de prévention primaire.
Au lieu d’agir sur les causes :
- effectifs,
- charge réelle,
- missions impossibles à absorber,
la DRH reformule le problème en “QVT” et “lutte contre l’usure professionnelle”.
Quand le travail rend malade, il est tout simplement indécent de parler de « bien-être » au travail.
LE RAPPORT DIT : LES RPS SONT ORGANISATIONNELS
L’ADMINISTRATION RÉPOND : ACTUALISONS LES DUERP
Une fois encore, le rapport est limpide : les actions actuelles agissent surtout après coup et très peu sur les causes organisationnelles.
Le rapport critique explicitement :
- une vision individualisante des RPS ;
- une prévention secondaire ou tertiaire ;
- des DUERP incomplets ;
- une incapacité à agir sur l’organisation réelle du travail.
La principale mesure proposée ?
renvoyer les services déconcentrés à une analyse locale via le DUERP et produire des plans territoriaux.
En clair : ce qui est identifié comme un problème national est disqualifié comme un problème local de gestion !
Après des années de suppressions d’emplois nationales, ce seraient aux services de gérer localement les dégâts.
La DRH nationalise les causes, mais prétend territorialiser les « solutions ». N’importe quoi !
LE RAPPORT DIT : LA PRÉVENTION EST EMPÊCHÉE
L’ADMINISTRATION RÉPOND : CALENDRIER ET MULTIPLICATION DES REUNIONS
Le rapport décrit un système éclaté :
- OTE,
- SGCD,
- dilution des responsabilités,
- prévention désorganisée,
- encadrement sans marges de manœuvre.
L’administration multiplie les réunions et ne s’engage concrètement à rien du tout !
18 juin. Mi-juillet. Septembre. Octobre. Décembre.
Réunion. Saisine. COSUI. Bilan. Actualisation.
Pendant ce temps-là, les agent.es continuent à tenir les services au prix de leur santé.
LE MINISTRE DOIT REGARDER LA TRISTE REALITE EN FACE
Le rapport met en évidence une situation particulièrement grave :
✅ sous-effectifs chroniques
✅ surcharge massive
✅ travail empêché
✅ épuisement professionnel
✅ prévention défaillante
✅ organisation pathogène
La réponse ne peut pas être :
❌ une cotation administrative du danger
❌ un renvoi au local
❌ un nouvel exercice DUERP
❌ une dilution des responsabilités
NOS EXIGENCES
Des mesures immédiates, nationales et contraignantes, à commencer par :
- L’arrêt immédiat des suppressions d’emplois et des recrutements à la hauteur des besoins
- Un plan national de réduction de la charge de travail
- Des effectifs renforcés dans les services en tension
- L’abandon des objectifs irréalistes et de tous les objectifs chiffrés
- Une politique de prévention primaire des RPS : agir sur le travail, pas sur les individus ;
- L’arrêt de tous les projets de relogement délétères et l’organisation des locaux de travail, en fonction des besoins et des spécificités des missions
- Le retour de services supports de proximité, dédiés à nos missions
Nous avons détaillé le plan d’urgence immédiat qu’appelle la situation de nos services et le plan de reconstruction qu’il nous semble impératif de mettre en œuvre dans un délai d’un an, dans notre précédente communication. Il s’agit d’une première ébauche : n’hésitez pas à nous faire part de vos idées, suggestions, commentaires… Un autre Ministère est possible !
Parce qu’il faut être clair : on ne soigne pas des risques psychosociaux fabriqués par des politiques austéritaires !
La motion ci-jointe a été adoptée à l’unanimité dans le cadre de la réunion de la F3SCT ; elle est très claire sur le diagnostic et sur nos exigences ; elle sera adressée au Ministre, accompagnée d’une demande urgente de rendez-vous.
Nous exigeons que les causes de la situation délétère actuelle soient traitées, comme il se doit. Il est pour nous hors de question de continuer à regarder l’administration se renvoyer la balle entre « Ministères sociaux » d’un côté et « Ministère de l’Intérieur » d’un autre côté et tenter de gérer les dégâts !