Depuis janvier 2026, les groupes parlementaires les Républicains et Ensemble s’activent pour tenter de faire voter une nouvelle loi sur le 1er mai. Tout récemment, le groupe parlementaire Ensemble de l’Assemblée nationale, présidé par Gabriel Attal, a écrit aux boulangers et aux fleuristes de France pour les inciter à signer une pétition en faveur de la proposition de loi qui a été examinée ce 10 avril et qui a, de manière fort peu respectueuse du débat parlementaire, été renvoyée devant une commission mixte paritaire. En dénigrant au passage, une fois de plus, les contrôles effectués par l’inspection du travail !
La CGT TEFP dénonce cette nouvelle manœuvre de la majorité au pouvoir, visant sous couvert de mensonges éhontés, à remettre en cause les acquis sociaux du 1er mai !
Une pluie de mensonges
Dans sa communication, Gabriel Attal prétend que les boulangeries et les fleuristes ne peuvent pas ouvrir contrairement aux McDonald’s. C’est parfaitement faux !
D’une part, la loi ne concernent que les salarié.es, et rien n’interdit les artisan.nes et commerçant.es indépendant.es à ouvrir leur commerce. Les petites entreprises, en conséquence, sont plutôt avantagées par rapport aux grandes ! Ce sont justement les petits commerces de proximité qui seront menacés par le projet de loi qui sera discuté en CMP.
D’autre part, toujours uniquement pour les salarié.es, la loi prévoit que le 1er mai est un jour férié et chômé, et qu’il n’est possible de faire travailler des salariés ce jour-là que dans « les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail » (article L.3133-6 du Code du travail) : santé, usines où les machines ne peuvent s’éteindre, hôtels… Les hypermarchés et les McDonald’s ne sont donc techniquement pas concernés !
Si des entreprises qui ne répondent pas à ces critères stricts ouvrent aujourd’hui, comme les McDonald’s et l’ensemble de la restauration, c’est en raison des libertés que les gouvernements, et les tribunaux par la suite, ont pris avec la loi et sa lettre (cf réponse ministérielle du 2 aout 2016 ou l’arrêté du 3 décembre 97 sur l’extension de la CCN HCR). Produire une offre de restauration peut s’interrompre, la preuve : la plupart des restaurants ont un jour de fermeture…
La notion de « satisfaction d’un besoin essentiel du public » qui est souvent citée pour autoriser le travail de salarié.es dans les argumentaires de la droite, n’est en aucun cas issue de la loi. Cette notion, applicable à certains services publics, entraine bien plus de flou que la rédaction des articles du Code du travail car où s’arrête le besoin essentiel ? La preuve : les gouvernements citent toujours les transports dans les activités ne pouvant s’arrêter, or les transports urbains de la majorité des grandes villes en France sont arrêtés le 1er mai !
Une loi qui va bien plus loin que la fleuriste ou le boulanger « du coin »
Dans sa proposition de loi et contrairement à ce que raconte Gabriel Attal et la pétition dont il fait la promotion, il n’est pas question uniquement de la boulangerie traditionnelle de votre village et du fleuriste d’à côté mais plus largement :
- Des établissements assurant, à titre principal, la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate ;
- Des autres établissements dont l’activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail ;
- Des établissements exerçant, à titre principal, une activité de vente de fleurs naturelles qui permet de répondre à un besoin du public lié à un usage traditionnel propre au 1er mai ;
- Des établissements exerçant, à titre principal, une activité culturelle.
Ces appellations sont suffisamment floues pour englober l’ensemble de la vente de nourriture, cuisinée ou pas : boucheries, poissonneries, tout marché ou hypermarché et pour englober tout ce qui relève de près ou de loin de l’offre culturelle, publique ou privée : musées, théâtre, cinémas, bibliothèques, etc. Enfin, les « fleurs naturelles » pourraient renvoyer à au moins 3 CCN, permettant l’ouverture de beaucoup d’enseignes et entreprises.
La CGT TEFP n’est pas dupe : ce qui est en jeu, c’est bien d’ouvrir une brèche dans l’acquis social du 1er mai qui est le seul jour obligatoirement férié ET chômé, pour flexibiliser encore un peu plus le marché du travail au détriment des travailleur.ses. Le gouvernement prétend s’appuyer sur un « recours au volontariat » censé protéger les salariés, mais tout le monde sait bien que le « volontariat » n’est que de façade quand existe un lien de subordination avec un patron !
Le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs, marquées notamment par des événements tragiques, comme la fusillade de Fourmies le 1er mai 1891. Remettre en cause le principe de cette journée, c’est remettre en cause plus d’un siècle d’histoire sociale et de conquêtes collectives.
Une nouvelle attaque contre les corps de contrôle
Selon les informations de Libération, le groupe Ensemble aurait fait expédier 35000 courriers à des boulangers et 6000 à des fleuristes, pour les inciter à signer une pétition sur le 1er mai. Le contenu de ce courrier, signé par Gabriel Attal, est édifiant. L’ex Premier Ministre commence par dénigrer ouvertement les contrôles de l’inspection du travail effectués l’an dernier le 1er mai : « comme de nombreux Français, nous avons été choqués par les verbalisations de plusieurs boulangeries-pâtisseries qui avaient ouvert le 1er mai. Des amendes inacceptables, qui pénalisent des commerces de proximité essentiels à la vie de nos communes« .
Ce dénigrement des contrôles effectués par nos collègues est inacceptable de la part d’un groupe parlementaire à l’Assemblée ! Les contrôles sont indispensables au respect des règles fixées démocratiquement : ils ne font que vérifier la bonne exécution de la loi qui elle, a été votée par les députés ! Si des patrons décident sciemment d’enfreindre la loi, il est logique qu’iels soient verbalisé.es et cela n’intervient qu’après un passage par le tribunal !
Gabriel Attal n’en est plus à son coup d’essai sur le sujet : en pleine crise agricole, il avait ainsi annoncé la mise en place d’un « contrôle unique » dans ce secteur, alors même que les agent.es de contrôle de tous les corps d’Etat étaient régulièrement victimes de violences et d’intimidations. L’annonce n’a fait qu’augmenter encore les tensions sur le terrain et a été suivie d’un contrôle accru des préfets sur l’activité des différents corps de contrôle – et tant pis pour la protection des travailleur.ses ou de l’environnement !
L’attaque des corps de contrôle est désormais systématique et délibérée de la part du groupe Ensemble à l’Assemblée nationale. Nous dénonçons un comportement qui contribue à minimiser la délinquance patronale et à développer une justice à plusieurs vitesses selon la taille du portefeuille et la classe sociale à laquelle on appartient. Ce comportement, de la part de ces dirigeant.es politiques, ne fait que paver un peu plus la voie pour l’extrême-droite dans son rejet des institutions.
De la façon la plus provocatrice et démagogique qui soit, Jean-Pierre FARANDOU ose présenter les contrôles qui auront lieu comme une garantie du respect du principe que lui-même met à mal ! Rappelons que les contrôles sont rares et vont malheureusement le rester au regard du sabordage des effectifs de l’inspection du travail (seulement 1893 agent.es de contrôle en 2025, contre 2176 en 2010 !).
De plus, dans quelles conditions ces contrôles vont-ils se dérouler ? Combien d’agressions, de mises en cause, d’accusations de harcèlement administratif, de prises à partie publiques des agent.es comme cela s’est malheureusement produit l’an dernier ? Ces agissements nous exposent et mettent directement en difficulté, voire en danger les agent.es de l’Etat.
Notre capacité d’action est malheureusement insuffisante pour garantir le respect des droits des salarié.es partout en France. La CGT TEFP revendique la mise en place d’un plan de recrutement massif pour renforcer tous les services, ainsi que le doublement des effectifs de l’inspection du travail !