Nous voici reconvoqué.es, une semaine à peine après la séance que nous avons décidé de boycotter pour vous signifier notre colère, tant face aux sanctions qui menaçaient alors nos collègues et camarades, Pierre et Benoît, Inspecteurs du travail en Isère, que face à la vacuité du document que vous avez osé intituler « plan d’actions », en réponse au rapport APTEIS, dressant un tableau catastrophique de l’état de nos services.
Une semaine plus tard, nos camarades ont été sanctionnés et vous nous adressez les mêmes documents. Alors, on revient vous dire tout ce qu’on en pense, bien en face.
S’agissant des sanctions infligées à nos collègues, d’abord : vous avez renoncé à muter d’office notre camarade, ce qui était à nos yeux indispensable. Les sanctions restent néanmoins lourdes et parfaitement injustifiées, face à des dossiers montés de toute pièce par une hiérarchie qui a complément perdu pied dans sa volonté de nuire à des représentants syndicaux qui l’avaient mise en cause, à très juste titre. Par courrier du 12 juin 2026 que l’administration a sciemment gardé sous embargo, l’ISST alertait de façon très claire et demandait la mise en œuvre de mesures précises, notamment « la désignation temporaire d’un encadrant extérieur à la structure ».
Ses préconisations, comme nos demandes avant elles, allant pourtant parfaitement dans le même sens, n’ont eu aucune traduction dans les faits ! Pire, la direction de l’Isère a prétendu avoir fait des propositions à nos collègues : soit elle ment, soit elle a juste oublié de les informer de ses propositions, ce qui revient à peu près au même ! Nous n’avons de cesse de vous le dire : il faut agir pour que tou.tes nos collègues en Isère retrouvent des conditions normales et sereines de travail !
Il est encore temps de vous ressaisir et d’aller jusqu’au bout de votre prise de conscience s’agissant de la vacuité des dossiers : retirez ces deux sanctions, manifestement illégales ! A défaut, nos organisations soutiendront bien entendu de toutes leurs forces le contentieux administratif qui s’engagera. Il est également encore temps d’agir : nous demandons que les préconisations de l’ISST soient suivies et se traduisent par des mesures immédiates, à commencer par la suppression des liens hiérarchiques qui ont mis en péril la santé et la sécurité de nos collègues.
Venons-en au « plan d’actions »
On va commencer par le positif, mais ça va aller très vite : nous vous remercions de nous avoir épargné le classement des risques et les couleurs – vert, orange, rouge – aussi maladroitement que scandaleusement appliquées le 18 juin dernier. Voilà pour le positif.
Pour le reste, le document que vous osez intituler « plan d’actions » ne répond en aucun cas à la gravité de la situation qu’il ne s’agit plus de documenter, de diagnostiquer ou de mettre en évidence ! Il y a le feu… et vous prétendez pouvoir encore regarder ailleurs ! L’administration est bien obligée d’admettre les constats les plus graves : surcharge chronique, intensification du travail, inadéquation entre les missions et les moyens, vacances de postes, intérims prolongés, fragilisation des collectifs et insuffisance de la prévention primaire. Mais passés ces constats, où sont les décisions ?
Le plan multiplie les indicateurs, diagnostics, suivis, formations, réseaux, échanges, coordinations et remontées d’informations. Il explique comment mesurer les difficultés, alors qu’elles sont bien connues et désormais parfaitement documentées. Il explique beaucoup moins ce que l’administration fera concrètement pour y remédier.
Sur la pénurie généralisée des effectifs, le problème principal n’est pas le diagnostic
L’administration reconnaît une « inadéquation entre moyens et missions ». Mais lorsque les moyens sont insuffisants, elle ne propose pas de les augmenter, elle propose de prioriser, réorganiser, mutualiser, simplifier, numériser ou adapter les objectifs.
Lorsqu’il n’y a pas suffisamment d’agents pour accomplir les missions, la solution n’est pourtant pas bien difficile à trouver : il faut des emplois supplémentaires, sinon il faudrait faire des choix, mais entre quoi ? Entre des missions ? Entre des catégories de public ? C’est pour nous hors de question. Et dans tous les cas, ce n’est pas une nouvelle procédure de suivi qui changera grand chose.
Le plan prévoit de compter les postes vacants, les sections d’inspection vacantes et les intérims de plus de douze mois.
Mais que se passe-t-il lorsqu’une section reste vacante ?
Que se passe-t-il après douze mois d’intérim ?
Quel délai maximal l’administration se fixe-t-elle pour rétablir les effectifs ?
Aucun engagement contraignant n’est pris. Aucun recrutement n’est prévu. Un indicateur n’est évidemment pas une mesure corrective !
Sur les violences managériales, le problème principal n’est pas le manque d’accompagnement des chef.fes
Le rapport APTEIS met en évidence des violences managériales. Le plan se contente de répondre à des « difficultés managériales » par de la formation – encore, alors que les formations destinées à l’encadrement absorbent d’ores et déjà l’essentiel des budgets – du coaching, des échanges entre encadrants…
Il est pourtant évident qu’on ne peut pas former les managers à résoudre des problèmes que l’organisation du travail produit elle-même ! Un encadrant ne peut pas rendre compatibles des objectifs incompatibles, compenser indéfiniment des postes vacants ou supprimer par son seul savoir-faire les effets d’une surcharge chronique.
Le problème n’est pas seulement managérial. Il est organisationnel.
L’administration reconnaît la nécessité de la prévention primaire… mais continue à privilégier les dispositifs d’accompagnement. Le plan affirme vouloir agir sur les « déterminants organisationnels » des risques.
C’est précisément ce que nous attendons. Mais où sont les mesures ? Où sont les moyens ?
Les rares mesures détaillées restent uniquement centrées sur les formations, sensibilisations, signalements, DUERP, PAPRIPACT et accompagnements.
Une fois de plus, la prévention primaire ne consiste pas en de simples mots ou de vagues déclarations de (bonnes) intentions ; elle exige d’agir sur l’organisation du travail et les causes identifiées des risques auxquels les agent.es sont exposé.es : effectifs, charge de travail, organisation, objectifs, restructurations, autonomie, moyens et qualité du travail.
Les préconisations de soutien à l’encadrement sonnent comme une provocation alors que cette administration fait la preuve de son autoritarisme et de sa propension à toujours traiter les conflits comme des problème interpersonnels. Relisez le rapport d’expertise : les conflits au travail ont pour origine le travail et former l’encadrement à gérer les conflits n’a rien à faire dans un plan d’action. Ces conflits doivent être prévenus, pas gérés !
Il faut cesser de traiter les conséquences sans s’attaquer aux causes.
Sur l’OTE, le problème principal n’est pas le manque de « coordination »
L’administration reconnaît la complexité de l’organisation issue de l’OTE et les difficultés d’articulation entre ministères, préfectures, DREETS, DDETS et SGCD.
Mais sa réponse est essentiellement de renforcer les échanges et la coordination.
La question qui se pose dans tous les services n’est pas : « qui doit échanger avec qui ? »
La question est : qui décide, qui est responsable et qui doit agir lorsque l’organisation dégrade les conditions de travail ?
Tant que les responsabilités restent éclatées, le risque est de voir chacun renvoyer la responsabilité vers l’autre. Cette instance en est d’ailleurs souvent, malheureusement, la parfaite illustration.
2026-2028 : notre santé n’a pas à attendre !
Le calendrier prévoit une année 2026 largement consacrée au recensement et à la consolidation du suivi, un point d’étape en 2027 et un bilan global en 2028. Mais les difficultés décrites par APTEIS sont là depuis des années !
Les agents qui travaillent aujourd’hui en surcharge ne peuvent pas attendre le bilan de 2028 pour que les causes de cette surcharge soient traitées.
Nos demandes sont toujours aussi claires : des mesures immédiates, en parallèle du suivi d’un véritable plan d’actions.
Pour nous, un véritable plan d’action doit comporter des engagements opposables. Nous demandons notamment :
- des seuils d’alerte précis sur la charge de travail et les sous-effectifs ;
- des mesures obligatoires lorsque ces seuils sont atteints ;
- des engagements de résorption des vacances de postes et des intérims prolongés ;
- une évaluation systématique de l’impact des nouvelles missions sur les effectifs et la charge de travail ;
- des mesures spécifiques face aux situations de violence ou de management pathogène ;
- des indicateurs mesurant non seulement les actions réalisées, mais l’amélioration effective des conditions de travail ;
- un véritable rôle de contrôle et d’alerte des représentants du personnel ;
- des mesures immédiates dès 2026.
Notre position est toujours aussi claire ! Nous ne contestons pas la nécessité de mesurer les difficultés, mais elles l’ont été ! Après une expertise aussi documentée, l’administration ne peut en aucun cas se contenter de mesurer, d’objectiver,…
Le rapport APTEIS a mis en évidence des mécanismes organisationnels qui dégradent les conditions de travail. La réponse doit donc porter sur l’organisation du travail, les effectifs, la charge, les missions, les responsabilités et les moyens. Nous ne voulons pas d’un document intitulé « plan d’actions » qui permette à l’administration de dire, dans deux ans, que les difficultés ont été suivies. Les agents n’ont pas besoin de davantage d’indicateurs. Ils ont besoin de moyens, d’effectifs, de marges de manœuvre et de décisions.
Nous maintenons nos demandes, telles que listées le 18 juin dernier et exigeons toujours un vrai plan qui permette une amélioration réelle des conditions de travail, ce qui nécessite que des moyens conséquents y soient alloués.